PublierVoirEditer#261Système social

Le logiciel de la licence globale

@dav 22/09/2019 Système social

A l'époque où on se posait la question d'une licence globale, je m'étais déjà figuré ce que je vais décrire ici.

La licence globale était une solution portée par feu Francis Muguet en réponse à la loi Hadopi, qui est aberrante. Il s'agissait de financer les créateurs de contenu de façon globale, grâce aux subventions et aux dons, ce qui permettait immédiatement et par conséquence de garantir leur gratuité complète et définitive.

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Je réagis aux déboires du Réseau Voltaire qui est persécuté par la coupure systématique de ses comptes en banque.

Ma première réaction est de m'étonner des coûts engendrés quand on n'est pas soi-même administrateur de son serveur à quelques euros par mois, comme le veut notre époque "Gutenberg" de créateurs de contenus et de contenants. Mais de nombreux sites souffrent de cela, et paient des sommes indécentes.

J'ai développé mes propres outils pour garantir l'autonomie des webmasters. Ceci, l'infrastructure logicielle et matérielle, devrait allègrement et depuis longtemps être l'objet d'un service public gratuit.

Mais ce qui m'intéresse est la question du financement de ces activités humaines, par des personnes qui ont décidé de consacrer leur vie à la justice ; ou au moins une part de leur temps-libre.

Pour créer une licence globale il suffit de créer une association (loi de 1901) à but non lucratif, servant à récolter puis redistribuer les dons. J'avais parlé à l'époque de cette idée à plusieurs interlocuteurs, sans susciter vraiment d'intérêt. Je trouvais stupide que les sites alternatifs soient en concurrence de donations. De plus ces donations peuvent très bien être de la corruption.

Et ce qui m'intéresse dans une telle structure est la partie logicielle, c'est à dire la logique de son fonctionnement. Il s'agit, littéralement, et c'est ce qu'on cherche depuis longtemps, à procéder à une "redistribution équitable des richesses".

Il se trouve que dans ce cas, avec cet exemple, les choses deviennent beaucoup plus concrètes et faisables. L'espoir dont ce projet doit être porteur, est de servir d'exemple pour inspirer un modèle social.

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La mécanique du truc (on passe en mode geek) consiste basiquement à faire la division entre la somme à redistribuer et les membres adhérents. Point.

On pourrait s'arrêter là, et d'ailleurs ceci sera considéré comme le fonctionnement par défaut du site, en l'absence de toute stimulation.

C'est une très bonne illustration du système des transactions sociales dont je parle depuis des années ; c'est en fait exactement la même chose, en plus simple.

Dans le système social dont nous parlons, il y a une partie automatique, et des manettes ; car la simplicité du calcul de proportion est insuffisant pour retranscrire des notions telles que les besoins ou le prestige, qui justifie un versement adapté.
Ces manettes, qui avec l'usage s'automatisent également, sont des paramètres qui peuvent être produits par le public, par l'usage, et par la politique du système de redistribution. Ils produisent des ratios qui s'appliquent au calcul initial.

simplement, on va pondérer le don de base pour chaque membre en fonction d'un score. Ce score pourra être le produit de plusieurs facteurs, tels que la popularité mesurée en nombre de visites (ce qui soulève l'intérêt de centraliser les sites sur un serveur unique, pour pas tricher sur les stats), puis en popularité qualitative, prodiguée par les visiteurs qui attribuent une note (puis en relativisant cette valeur par le nombre de votes), et enfin, ultime raffinement, un débat public pourra avoir lieu de façon à affecter un coefficient de pondération global à la note, en raison de questions idéologiques, de respect et du comportement de ses membres (pour les sites ayant des comportements douteux, comme le permis à points).

Son directoire serait composé de membres éminents élus (et révocables), et sa fonction consisterait à avaliser les adhésions, et éventuellement en résilier d'autres. Leurs décisions (comme on le voit avec le Réseau Voltaire) devraient être conformes à la volonté du public.

(Là on peut s'arrêter une minute pour contempler la beauté d'un système non-inique).

Comme on ne sait pas au moment d'écrire le code quelle importance et quelle signification peuvent avoir chacun de ces paramétrages, il est difficile d'automatiser arbitrairement le calcul de la pondération automatique sur la base du nombre de visiteurs, ni de savoir comment ce calcul doit se juguler avec les scores obtenus de la part des notations. Donc on pose des valeurs moyennes, et ensuite on devra confier à un Superadmin, le président de l'association, le soin de répondre à ces questions en faisant des études. Le fait de décider comment s'appliquent les ratios (avec d'autres ratios) peut faire toute la politique de l'organisme gestionnaire de dons. Ils peuvent être radicaux ou très "select".

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Côté utilisateur (là je prends la casquette de promo) deux types de publics peuvent intervenir sur le site pour contribuer au paramétrage de la redistribution.

D'une part les membres eux-mêmes ont un droit de vote amplifié sur les autres membres. Ce ratio d'amplification peut lui aussi être conféré par le public ou des calculs. Si des alliances se font contre des membres, ces activités doivent être parfaitement publiques. De cette manière le pouvoir d'influence de ces alliances peut être jugulé par la scorification publique. Cette création d'antagonismes créés par les opinions et l'informel produit une capacité à faire varier les systèmes de calcul, afin de trouver un équilibre qui satisfasse tout le monde.

D'autre part les visiteurs contribuent en donnant une note à un membre / une activité / un projet, ce qui n'est rien d'autre que constitutif de valeur, tant quantitative que qualitative. Le calcul de cette note utilise l'algorithme du jugement majoritaire (le système de vote qui devrait être celui des référendum d'aujourd'hui, en raison de sa capacité à retranscrire fidèlement une opinion populaire en valeur numérique formelle, bien supérieure à tout autre système de vote). Cette "valeur" (morale) a ensuite une incidence mécanique sur les revenus de ce membre.

Enfin, les visiteurs qui font des dons pourraient, au moyen d'une barre de niveaux, décider dans quelle mesure leur dont doit aller au système dans son ensemble (chargé de la redistribution) ou directement à des membres "favoris".

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Les droits (pardon, les revenus) que les membres obtiennent du système se formalisent par, simplement, le niveau de revenu qui leur est accordé, mais aussi peuvent être des avantages, en terme de matériel (pour la bande-passante), des bureaux, des frais exceptionnels.

On peut aussi imaginer, dans le cas où les membres sont tous des sites web alternatifs, un site web global dans lequel seraient répertoriés les contenus probants, qui pourrait même prendre forme d'un magazine papier. Il y a toujours des avantages à d'unir.

Mais dans le cas où les membres auraient des natures distinctes (entre les sites de publication, les agences de journalisme d'investigation, les organismes d'études statistiques, etc...) leurs besoins seraient différents les uns des autres.

La solution qui consiste à les classer en catégories de membres est trop peu satisfaisante. Ce qui distingue chaque utilisateur (outre son identité) est la somme de ses besoins.

Ainsi donc cette somme de besoins doit pouvoir agir sur la quote-part initiale à laquelle s'applique la donation. (Au départ cette quote-part, par défaut, est de 1, soit le ratio de l'inverse du nombre d'adhérents).

Ceci est bien connu des sites de financement participatif où le membre-utilisateur signale un objectif que les dons doivent atteindre.
Dans tous les cas, au sein d'une fédération de dons, les versements se limiteraient à ces objectifs (et ce qui excéderait serait reversé au pot commun), et évidemment, ces objectifs conditionneraient contractuellement la qualité de membre, de sorte à ne pas soutenir de projet démentiellement onéreux par exemple.

Le but du logiciel de licence global n'est rien d'autre que de permettre aux créateurs de contenu de vivre de leur métier. Quand il s'agira de financer des industries, on passera à un autre pallier de complexité.

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Outre la gestion informatisée des dons, l'association n'aurait aucun mal à décrocher des deniers publics, puisque dans le fond toute cette activité devrait déjà elle-mêmes être complètement celle de l'état. Pour ne pas que cette idée ne soit utilisée comme une privatisation des impôts (ce qui est un comble, quoique ça existe déjà) elle doit nécessairement être accouplée à l'état via ses subventions.

On peut imaginer qu'au début, pour chaque don public, corresponde un denier de subventions.

Le succès d'une telle entreprise ne peut être que de devenir intégralement un service public. A ce moment-là elle ne relèvera plus des dons, cependant il le système de scorification d'attribution de sa quote-part subsistera. Et à son tour ce système peut rendre d'immenses services dans bien des domaines de la démocratie. Quand j'entends parler de solialisation des richesses, c'est à ce système de "rationalisation" que je pense automatiquement, en tant que développeur, puisque c'est la logique même.

Et là déjà, on touche à un autre monde.
C'est légitime que la mise en route d'une telle initiative précède son intégration au service public, puisqu'il lui faudra le temps de se perfectionner et de découvrir et résoudre les écueils qui seraient immanquablement rencontrés.

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Le financement du fonctionnement de la fédération (ou de la coopérative, ou de l'association) constitue un coût fixe, qui doit être public. La fédération peut choisir, selon sa politique :
- de n'être qu'un parmi les autres membres éligibles à des dons,
- de simplement déduire son coût fixe sur la masse globale des donations mensuellement redistribuées,
- de ponctionner les arrondis de centimes sur l'ensemble des calculs.

En tout état de cause, le coût de fonctionnement du système et son financement doit rester intégralement traçable et public.

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Il va sans dire que ce projet est conçu et pensé pour être le plus efficace possible. Il doit servir de modèle pour d'autres fédérations professionnelles, qui souhaitent mettre en commun leurs ressources et leurs besoins, de façon à profiter d'un système économique qui, d'une part, leur prodigue des revenus sans contre-partie, ce qui les laisse complètement libres (et permet leur liberté de s'exercer), et d'autre part les soulage du temps passé à chercher des financements et à s'inquiéter de leur survie.

C'est au final ce que je veux pour le système global.

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Je me suis donc empressé d'écrire le logiciel, présenté comme une App sur le bureau virtuel  socialnetwork.ovh. Regardez l'Url, il y a "/1" : cela veut dire que c'est le membre 1. En arrivant sur cette page, en tant qu'utilisateur logué, on vous donne des crédits (pour faire que ça marche), et vous pouvez les affecter en tant que don. Votre compte de crédits limite la donation possible. Pour faire simple j'ai mis trois boutons avec paramétrages à 0%, 50% et 100% d'affectation du don au membre 1. En sus, le donateur affecte une note au membre, qui accentue ou amoindrie l'effort collectif pour cet utilisateur.

Le logiciel marche !

Il a été très facile à implémenter, quoi qu'il faille être courageux pour créer un système de compte bancaire avec des transactions et des vérifications de sécurité (j'utilise un framework).
Et tous les mois, une commande CRON déclenche le calcul global, affecte les dons en fonction des notes, et se garde des arrondis qui sont reversés à la bourse du mois suivant.